samedi 9 novembre 2024

La France aura diffusé 37,5 millions de fausses pièces après la guerre Le ministère des Finances aurait diffusé secrètement 37,5 millions de fausses pièces après la guerre 1939-1945 AFFAIRE•De 1951 à 1960, le ministère des Finances aurait fait fabriquer et diffuser des copies de monnaies d’or, pour tenter d’atténuer ses difficultés financières après la guerre Selon Yannick Colleu, spécialiste en métaux précieux, le ministère des Finances a utilisé une méthode totalement illégale pour cacher sa dette après la Seconde Guerre mondiale avec la complicité de la Banque de France. Illustration Selon Yannick Colleu, spécialiste en métaux précieux, le ministère des Finances a utilisé une méthode totalement illégale pour cacher sa dette après la Seconde Guerre mondiale avec la complicité de la Banque de France. Si vous possédez dans vos tiroirs une pièce de 20 francs en or de type Marianne Coq, il s’agit peut-être d’une copie. « De 1951 à 1960, de manière illégale, et dans le plus grand secret, le ministre des Finances, avec l’aval de la Banque de France, a fait fabriquer et diffuser des copies de monnaies d’or », a expliqué à Ouest-France Yannick Colleu, spécialiste en métaux précieux et auteur de l’ouvrage L’Or des Français. Cette supercherie institutionnelle aurait été lancée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que la France faisait face à d’importantes difficultés financières. « Il nous reste très peu d’or à la fin de la guerre, tout a été fondu pour acheter des munitions », a raconté Yannick Colleu. L’État français avait d’ailleurs contracté deux emprunts en 1952 et 1954, qui étaient indexés respectivement sur la valeur de l’or du napoléon, une pièce d’or de 20 francs. 37,5 millions de copies Afin de stabiliser le marché de l’or, le ministre des Finances aurait proposé une solution peu conventionnelle. « On a repris les designs à l’identique des pièces de 20 francs frappées de 1907 à 1914, de type « coq » et démonétisées en 1926. Puis on les a remis en circulation sans rien dire ». Au total, 37,5 millions de « fausses » pièces de ce type auraient été mises en circulation, sans en informer la population. « Le gouverneur fait un compte rendu à la Banque de France pour qu’elle réalise des fausses monnaies démonétisées, il n’y a même pas de décret comme c’est la norme habituellement, détaille Yannick Colleu. Ce n’est même pas mentionné dans le rapport annuel de l’Administration des Monnaies et Médailles ». Une teneur en or inférieure Au-delà de son caractère illégal et du secret qui l’entoure, cette solution aurait également lésé les Français quant à la teneur en or de ces pièces. « Une pièce de 20 francs était émise au poids de 5,8065 g d’or fin alors que les copies étaient demandées au poids de 5,789 g de fin par pièce », affirme l’expert, qui estime ainsi que l’État aurait ainsi économisé 654 kg d’or sur les 217 tonnes d’or mises en circulation. Selon lui, la différence est d’ailleurs visible à l’œil nu, les copies présentant une couleur légèrement plus rouge que les originales. Selon Yannick Colleu, les propriétaires de ces pièces se retrouvent même doublement perdants, en raison de leur taxation peu avantageuse. « Ces pièces ne sont pas des monnaies, mais des jetons, et devraient donc être exonérées jusqu’à 5.000 € à la revente, considère-t-il. Or aujourd’hui, le fisc applique la taxe de 11,5 % sur le prix de vente comme s’il s’agissait d’une vraie monnaie ».

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